De l’oeuf à l’adulte

Toutes les abeilles sont des insectes hyménoptères, végétariens et butineurs. Butiner signifie voler de fleur en fleur à la recherche de nourriture. L’abeille récolte ainsi dans la nature nectar, propolis, miellat et pollen. En butinant elle assure également la pollinisation, c’est-à-dire le transport du pollen permettant la reproduction des plantes. Au moins 20’000 espèces d’abeilles sont répertoriées sur la planète dont environ 2’000 en Europe et près de 1’000 en France. La majorité des abeilles ne produisent pas de miel, elles se nourrissent du nectar des fleurs.

Les abeilles vivent en colonie. Elles forment une société très organisée, un peu comme une grande entreprise. Elles se composent d’une seule reine, de dizaines de milliers d’ouvrières, et, à certaines périodes de l’année, de quelques centaines ou milliers de mâles appelés faux bourdons.

La reine mesure environ 1,5 fois la taille de l’ouvrière. Son abdomen est nettement plus long. Elle naît d’un œuf fécondé identique à celui d’une vulgaire ouvrière mais l’œuf est déposé dans une cellule différente, dite cellule royale, plus longue et sortant du rayon, avec la tête tournée vers le bas. L’unique alimentation de la larve destinée à devenir reine est la gelée royale déposée en grande quantité dans la cellule royale. Le rôle de la reine à l’intérieur de la ruche est celui de déposer les œufs à un rythme soutenu, ne s’interrompant que dans les mois les plus froids. A la fin du printemps, elle peut pondre jusqu’à 1’500 œufs par jour. La reine est incapable d’accomplir une quelconque tâche élémentaire, comme se nourrir. Pour cette raison, elle est sans cesse entourée d’abeilles qui ont le devoir de l’assister et de la gaver avec la gelée royale, qui sera sa nourriture durant toute sa vie. Une reine peut vivre 4 à 5 ans. Quelle que soit la durée de sa vie, la reine utilise le sperme qu’elle a emmagasiné pendant le bref vol nuptial au cours duquel elle s’est accouplée avec un mâle unique ou, souvent plusieurs. Elle le conserve donc plusieurs années et quasiment tous les œufs sont fécondés grâce à lui.

 

La détermination du sexe

Les abeilles mellifères, comme toutes les abeilles, les guêpes, les fourmis, et quelques autres insectes, fonctionnent sur un mode haplodiploïde. Cela signifie que leur sexe est déterminé par le nombre total de chromosomes : on en compte 16 chez le mâle (haploïde) et 32 chez la femelle (diploïde).

Au moment où la reine pond un œuf, elle peut décider si elle le fertilise ou non avec le sperme. Un œuf fertilisé contiendrait 16 chromosomes maternels et 16 chromosomes paternels, soit un total de 32, et donnerait une femelle ouvrière ou une reine. Un œuf non fécondé contiendrait les 16 chromosomes maternels et donnerait un mâle. En fait, la détermination du sexe chez les abeilles est commandée par une gêne appelé « déterminateur complémentaire de sexe ».

 

La ponte et l’élevage des larves

Après l’accouplement, les ovaires de la reine grossissent, stimulés par la nourriture particulièrement riche que lui donnent les ouvrières. Elle commence à pondre trois ou quatre jours plus tard.

Lorsqu’un œuf éclot au troisième ou quatrième jour, les ouvrières commencent immédiatement à soigner les petites larves dans leurs cellules et à les nourrir. Une larve ouvrière reçoit environ 140 repas au total, assurés par des abeilles dites « nurses ». Après cinq jours de nourrissage, les larves de l’ouvrière comme de la reine achèvent leur croissance ; les mâles quant à eux requièrent un jour supplémentaire. Le neuvième jour après la ponte, la larve parvient à maturité et les ouvrières referment la cellule avec de la cire. Il s’agit d’une opération plus complexe qu’il n’y parait, les abeilles doivent réaliser plus de cent voyages par cellule close, la larve se transforme en pupe et devient adulte. Seize jours après la ponte, une reine émerge au vingt-et-unième jour et un mâle au vingt-quatrième. La durée précise du développement des abeilles dépend des conditions locales.

Pendant les premiers jours de sa vie (généralement entre les troisième et quatrième), la larve destinée à être ouvrière reçoit exactement la même nourriture que celle destinée à devenir reine, : plutôt que de régurgiter du miel et du pollen pour la larve, les nurses produisent une substance riche en protéines à partir de leurs glandes hypopharyngées et mandibulaires. La protéine contenue dans cette sécrétion dérive essentiellement du pollen que les abeilles ingèrent en grande quantité.

Plus tard la nourriture qui est offerte aux larves d’ouvrières est mélangée à du miel et du pollen alors que les larves de reine continuent de bénéficier de la nourriture sécrétée par les glandes des ouvrières d’où la présence d’une pâte blanche d’aspect laiteux, dans les grandes cellules des reines. C’est cette découverte, la différence de nourriture entre les ouvrières et les reines qui a permis d’expliquer l’existence d’une gelée royale.

 

Plusieurs races

En Suisse il existe plusieurs races d’abeilles (capables de produire du miel), qui se distinguent par leur comportement, leur morphologie, etc.

  • L’abeille mellifica mellifica : de couleur foncée, agressive et peu encline à l’essaimage.
  • L’abeille mellifica carnica : foncée, calme tendant à l’essaimage.
  • L’abeille mellifica ligustica : claire, travailleuse et docile, n’aimant pas les climats trop froids, la plus répandue au Tessin.
  • L’abeille mellifica buckfast : hybride entre la ligustica et diverses races dont la carcina, la laboriosa et la mansueta.

Il est aussi possible qu’une reine soit fécondée par des mâles de plusieurs races. Dans une colonie il peut donc naître divers hybrides d’abeilles selon les races de mâles qui ont fécondé la reine.

 

Espérance de vie

Les ouvrières vivent en moyenne quatre à six semaine pendant la période de grande activité. Celles élevées en fin de saison peuvent survivre jusqu’au printemps, car elles sont peu mobilisées pendant la saison froide, sauf pour se nourrir et climatiser la ruche.

Le faux-bourdon meurt juste après l’accouplement avec la reine, car il perd alors ses organes génitaux. A l’automne, ils sont évincés de la ruche et meurent de dénutrition ou sont victimes des intempéries.

 

La vie sociale dans la ruche

Autour de la reine qui n’a pas d’autre fonction que de pondre, les ouvrières s’activent avec ardeur. Durant leur existence, les abeilles exercent jusqu’à sept fonctions différentes : nettoyeuse, nourrice, architecte, manutentionnaire, ventileuse, gardienne et butineuse. Au fur et à mesure de leur existence et de leur maturation physiologique, les abeilles changent de rôle.

La nettoyeuse garde la ruche propre et en bonne santé.

Au premier jour de sa vie, l’abeille est préposée au ménage. Elle commence par nettoyer les cellules. Le nettoyage général du fond de la ruche est effectué par des abeilles plus âgées, entre 10 et 15 jours.

La nourrice s’occupe du couvain avec patience et constance.

Quand elle atteint 5 à 6 jours, l’abeille est capable de sécréter de la nourriture pour les larves : elle devient alors nourrice et le reste jusqu’à l’âge de 15 jours. Les nourrices prodiguent des soins attentifs aux larves qui sont alimentées individuellement plus de 1’000 fois et reçoivent 7’000 visites de contrôle.

L’architecte construit les rayons de la ruche.

La construction des rayons est un travail collectif qui demande une grande coordination. Ils sont fabriqués par une chaîne d’abeilles qui sécrètent des écailles de cire. Cet ouvrage délicat et épuisant est entrepris par des maçonnes qualifiées âgées de 5 à 20 jours.

La ventileuse régule la température de la ruche et bat le rappel pendant l’essaimage.

L’âge moyen des ventileuses est estimé à 18 jours, mais cette fonction est assumée par des ouvrières de tous âges. La ventilation consiste à battre des ailes pour aérer la ruche et contrôler sa température, ses taux d’humidité et de gaz carbonique. Elle sert aussi à assécher le nectar. Lors de l’essaimage, les ventileuses ont pour autre mission de battre le rappel pour permettre le regroupement de l’essaim.

La gardienne défend la ruche.

Vigile posté à l’entrée de la ruche, la gardienne protège la colonie de ses ennemis. Elle contrôle l’identité des abeilles qui entrent dans la ruche en vérifiant leur odeur, pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’individus d’autres colonies venues piller leurs réserves. Les gardiennes ont entre 12 à 25 jours.

La butineuse est responsable de l’approvisionnement.

Vers l’âge de trois semaines, l’ouvrière peut devenir butineuse et s’envole enfin hors de la ruche à la recherche de nectar, de pollen et d’eau, indispensables à la colonie. Une butineuse effectue entre 10 et 100 voyages par jour selon la proximité des fleurs. A ce train d’enfer, elle s’épuise vite et meurt au bout de quatre à cinq jours.

 

La communication

Le butinage est une opération hautement organisée : les abeilles peuvent se transmettre l’existence, la direction, la distance et l’intérêt nutritif des sources de nectar et de pollen.

Le zoologiste autrichien Karl von Frisch (1886-1982) a pu étudier les danses en manipulant artificiellement des sources de nourriture. Il en a décrit deux sortes : la danse en rond et la danse en 8. Les deux se pratiquent sur le rayon et attirent immédiatement l’attention des autres abeilles, qui se serrent les unes contre les autres pour suivre les mouvements de l’éclaireuse dans l’obscurité.

Si un site de récole est relativement proche de la ruche, c’est-à-dire à moins de 75 mètres, une éclaireuse le signale aux autres abeilles en pratiquant une danse en rond. Elle réalise un ou plusieurs tours. Les signaux olfactifs véhiculés par l’éclaireuse stimulent les butineuses, les incitant à quitter la ruche pour rechercher dans les parages des senteurs similaires.

Lorsque l’abeille effectue une danse en huit, elle indique une ressource en nourriture située à une plus grande distance. Dans ce cas, la butineuse s’oriente par rapport à la direction du soleil : en plus de ses deux yeux composés, elle dispose, sur le haut de la tête, de trois ocelles, des yeux simples qui, sensibles à la lumière polarisée, permettent de repérer le soleil au travers des nuages.

L’abeille découvreuse décrit une courte ligne droite, puis un demi-cercle, pour revenir à son point de départ, elle parcourt à nouveau le diamètre, effectue un nouveau demi-cercle, de l’autre côté, et recommence. Pendant les trajets en ligne droite, le corps de la danseuse est porté en avant, les pattes fermement en contact avec le support, et elle frétille rapidement, à la manière d’un pendule. En suivant la danseuse, les autres abeilles reconnaissent l’odeur de l’espèce de fleur à explorer, et obtiennent aussi des informations sur la direction de la ressource et sa distance par rapport à la colonie. La danse frétillante est d’autant plus rapide que la source de nourriture est proche (neuf à dix « 8 » complets en quinze secondes quand la source est à cent mètres, sept à deux cents mètres, quatre et demi pour un kilomètre, deux seulement pour six kilomètres), et l’angle formé entre la verticale et l’axe de la danse rectiligne est le même que celui formé entre la direction du soleil et celle de la nourriture. Au fur et à mesure de la course du soleil, la danseuse modifie l’angle de sa danse.

Le plus remarquable sans cette chorégraphie est qu’elle ne sert pas seulement à indiquer l’existence de nouveaux gisements de nourriture, mais qu’elle précise également dans quelle direction voler, jusqu’où aller et ce qu’il est possible d’y trouver. L’intérêt du gisement nutritif est traduit par l’intensité des vibrations de l’abdomen pendant la danse. Finalement, l’abeille découvreuse suspend sa danse et régurgite un échantillon de nourriture pour que les abeilles le goûtent.

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